Rien ne me paraît ressembler autant à un bordel qu’un musée.
L’Age d’homme
Citations de Michel Leiris
Michel Leiris
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Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
dicocitations
3 janvier 2011 à 11:23
L'une des choses sur lesquelles le semblant d'aventure que j'eus avec cette femme m'a le mieux – et le plus tristement – éclairé est la suivante. Tous mes amis le savent : je suis un spécialiste, un maniaque de la confession; or, ce qui me pousse – surtout avec les femmes – aux confidences, c'est la timidité. Quand je suis seul avec un être que son sexe suffit à rendre si différent de moi, mon sentiment d'isolement et de misère devient tel que, désespérant de trouver à dire à mon interlocutrice quelque chose qui puisse être le support d'une conversation, incapable aussi de la courtiser s'il se trouve que je la désire, je me mets, faute d'un autre sujet, à parler de moi-même; au fur et à mesure que s'écoulent mes phrases la tension monte, et il advient que j'en arrive à instaurer entre ma partenaire et moi un surprenant courant de drame, car, plus mon trouble présent m'angoisse, plus je parle de moi d'une manière angoissée, appuyant longuement sur cette sensation de solitude, de séparation d'avec le monde extérieur, et finissant par ignorer si cette tragédie par moi décrite correspond à la réalité permanente de ce que je suis ou n'est qu'expression imagée de cette angoisse momentanée que je subis sitôt entré en contact avec un être humain et mis, en quelque manière, en demeure de parler. Ainsi je suis, devant une femme, toujours en état d'infériorité; pour qu'il se produise quelque chose de décisif entre nous, il faut que ce soit elle qui me tende la main; de sorte que ce n'est jamais à moi qu'échoit le rôle normal du mâle qui conquiert mais toujours moi qui représente, dans cette joute de deux forces, l'élément dominé. Bien plus, m'étant en somme laissé faire et ayant accepté l'occasion, qu'elle soit conforme ou non à mes désirs, j'éprouve à chaque fois l'humiliante sensation de m'être contenté de ce qui se présentait à moi, de n'avoir pas choisi. D'où cette impression constante de faiblesse en même temps que de tricherie, s'il arrive que j'aime et que je sois aimé.
L’Age d’homme – Michel Leiris