On n’enlève jamais une toile d’araignée dans une cave, c’est que ça sert à attraper la vermine qui ferait piquer le vin!
Citations de Bernard Clavel
Bernard Clavel
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Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
dicocitations
5 octobre 2010 à 7:43
xtrait de la lettre de Bernard Clavel à son ami Jacques Peuchmaurd. En guise de préface dans son premier livre « L’Ouvrier de la nuit ».
« Mon cher Jacques,
J’ai sur ma table, depuis trois jours, le seul exemplaire de « L’Ouvrier de la Nuit » que je possède ici. La couverture a bruni au soleil de quelque vitrine, elle est toute piquetée de cette neige couleur brou de noix qui est la rouille du papier et dont l’humidité jaspe les vieux livres.
Il est vrai, ce récit est déjà un vieux livre.
Si le bas de cette couverture demeure plus propre, c’est qu’il porte la trace de la bande dont vous aviez eu l’idée, Pierre Javet et toi-même, pour compléter le titre par cette formule qui était presque une question : « …ou le malheur d’être écrivain ».
La bande a disparu, mais ces mots ont pesé sur moi durant des années. Ils m’ont poursuivi comme un mauvais présage, comme ces phrases que les vieux paysans prononcent pour accueillir sur cette terre un enfant dont la naissance leur parait étrange. La bande a disparu, ce qu’elle disait a cessé de me poursuivre, amis il me reste du temps où j’écrivais ce livre, le souvenir précis, à la fois très proche et infiniment lointain. (…) notre amitié est étroitement liée à notre travail, à ce que nous voulons tirer de ce qu’il y a en nous de meilleur et de pire. Car nous avons en commun cet attachement à notre jeunesse et aux années les plus dures de notre vie (…) Au fond il suffit que le lecteur soit averti que ce livre est un cri, jeté sur le papier en quelques jours et en quelques nuits de fièvres. On peut retoucher une œuvre construite, on ne retouche pas un cri.(…) Si je fais aujourd’hui le compte de la douleur, de la peine, des nuits de veille, des déceptions, des sarcasmes encaissés, des jalousies sordides, des pièges de toutes sortes, des épreuves, des trahisons subies, des privations que j’ai imposées aussi aux miens, je suis tenté de dire que c’est, en effet, un très grand malheur que d’être atteint par le virus indestructible de l’écriture. En revanche, si je regarde le chemin parcouru et les rencontres qui le jalonnent ; si je me penche sur quelques actions menées en faveur de ce à quoi nous croyons et que nous nous obstinons à défendre ; si je considère que ce chemin m’a tout de même ramené à la terre de mon enfance pour me permettre d’y vivre dans des conditions que mon départ solitaire ne me permettait pas d’espérer, je me dis que, somme tout, s’il y a un certain bonheur d’écrire, il arrive qu’il débouche sur un certain bonheur d’être écrivain. Car si nous avons tous souffert et pleuré en cachette pour nous arracher quelques pages que nous devions déchirer, avouons qu’il nous arrive aussi de jouir pleinement de l’acte d’écrire.(…).
Acceptés, et souvent fraternellement, par les hommes qui se retrouvent dans ce que nous écrivons, mais rejetés par les institutions hors d’une société que nous défendons pourtant plus volontiers que nous ne l’attaquons, nous serons toujours, par certains côtés, des maudits. En cela, la bande que tu avais placée sur mon premier livre ne se trompait pas. Elle était valable pour la plupart d’entre nous.
Mais nous restons où nous sommes. Enracinés, liés par l’amitié beaucoup plus solidement que par les contrats, nous nous accrochons à notre terre et à notre travail. Nous croyons en ce que nous faisons, et nous voulons continuer de croire en l’homme… »
Château-Chalon, le 21 février 1971.