L’Auvergne… C’est un secret plus qu’une province. Elle vous tourmente toujours d’un tendre songe. C’est quand on l’a trouvée qu’on la cherche le plus.
Citations de Alexandre Vialatte
Alexandre Vialatte
Imprimer le sujet
|
Envoyer à un ami
Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
Proverbe français
14 avril 2011 à 9:32
L’Auvergne : odeur du vieux temps, Dernières Nouvelles de l’homme, Editions Julliard, p. 56 (200 lignes environ) http://www.alexandre-vialatte.com/education_media…
Qu’aller chercher en ces contrées lointaines ?
C’est ce qu’un homme de Latour-d’Auvergne me demanda un jour dans le train. II allait enterrer sa mère, il était hôtelier et il savait les choses.
« Vous allez à Clermont, me dit-il, que cherchez-vous ? – Le numéro de téléphone de mon cousin, lui répondis-je. – Non, me dit-il. Ce n’est pas ça. Vous allez à Clermont, qu’est-ce que vous y cherchez ? » Je ne savais pas. « Moi, je vais vous le dire. Vous y cherchez l’é-CO-NO-MIE »
Et en effet, qui ne chercherait l’Economie ? Elle y est chez elle. Elle y a trouvé sa vraie patrie. Elle y court sur les monts avec sa crinière d’or. L’Auvergnat l’attrape par les cheveux, la jette dans son coffre, la tasse, rabat le couvercle et s’assied dessus.
Dans ses sous-préfectures il lui a dressé des temples.
Avec des salles mosaïquées, des degrés de marbre et une coupole comparable à celle des mosquées. Il les appelle des Caisses d’épargne. Tous les chemins y mènent du plus Faut des collines. Ils sont constamment parcourus par des vieillards aux membres desséchés, semblables au lapin écorché, qui vont et viennent entre elles et leur maison lointaine. Des hommes silencieux et capables, disposés derrière des guichets, prennent leur argent et l’inscrivent dans des livres. Les uns sont chauves et même barbus ; d’autres sont barbus sans être chauves ; d’autres sont chauves sans être barbus. Ils mettent l’argent dans de grands sacs de toile et le descendent dans des sous-sols climatisés où il fermente à la température convenable propre à l’intérêt composé. Autour d’eux toute la ville est vide (un chat passe quelquefois devant la mairie ronde rendue célèbre par Jules Romains). Nul ne peut donc savoir où cet argent se fabrique. Il s’élabore en secret à l’ombre de la feuille, dans les champs ou dans les étables. C’est une exsudation physique (et mystérieuse comme le sucre de l’érable) qui naît sur la croûte du fromage, la perle du chapelet ou la pointe des fuseaux. L’Auvergnat se compose en gros de la tête, du tronc et des membres. Avec la tête il pense l’économie, avec les membres il la réalise, avec les mains il la met dans le tiroir.
Avec les pieds il est chasseur alpin. On l’a toujours vu francophile. Il ne cesse de rêver d’une Auvergne étroitement associée à la France. Il a donné à sa patrie Brennus et Vercingétorix, Desaix, Pascal, Chabrier, Michel Rolle, Henri Pourrat. Il a le génie du droit et des mathématiques : le mathématicien Bourbaki a vu le jour à Besse-en-Chandesse, et Pascal à Clermont, dans la rue des Chaussetiers. Il est hospitalier, comprend la plaisanterie, fabrique du saucisson de montagne, du vin de Chanturgue, où il n’y a plus de vigne, du vin de Corent où elle donne une idée de ce qu’elle put être avant le phylloxéra. Ses chapelets concurrencent le Japon. Son papier fut le premier d’Europe ; La Fontaine n’en voulait pas d’autre. On l’envoyait en Italie par le passage du Saint-Gothard qui était glissant ; les mulets tombaient dans l’abîme. Quatorze mille six cent trente-cinq lui doivent la mort.