Je sais, d’une façon si précise, que ce qui déborde de moi sera, un jour, contenu dans un livre.
Mes mauvaises pensées (2005)
Citations de Nina Bouraoui
Nina Bouraoui
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Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
dicocitations
15 novembre 2009 à 7:58
Nina Bouraoui :
Garçon manqué
Il restera toujours quelque chose de nous, Amine. Dans nos rêves. Dans notre force. Dans cette joie à retrouver. Dans cette odeur algérienne qui revient comme par miracle à chaque printemps français.
Les burnous sont trop longs. Ils prennent le corps entier. Ils le noient. On devient fragiles et perdus dans le costume traditionnel qui révèle l’impuissance à être vraiment une partie de soi. On hésitera toujours. On ne sera jamais de vrais Algériens. Malgré l’envie et la volonté. Malgré le vêtement. Malgré la terre qui entoure.
Bien sûr qu’il ne fallait pas répondre. Je trouverai mieux. Je l’écrirai. C’est mieux, ça, la haine de l’autre écrite et révélée dans un livre. J’écris. Et quelqu’un se reconnaîtra. Se trouvera minable. Restera sans voix. Se noiera dans le silence. Terrassé par la douleur.
J’apprends la grammaire. J’oublie. C’est une langue qui s’échappe. C’est une fuite et un glissement. Je prononce le hâ et le rhâ si difficiles. Je reconnais les sons el chekl. Mais je reste à l’extérieur du sens, abandonnée.
dicocitations
15 novembre 2009 à 8:01
Nina Bouraoui : Garçon manqué :
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Son père Rachid est berbère, sa mère Maryvonne, bretonne aux yeux bleus. Nina est née en 1967. Pas facile d'être l'enfant des amoureux de 1960 dont la rencontre rappelle les pires moments de la guerre d'Algérie. Pas facile de grandir en Algérie et de voir sa mère insultée par des gamins.
Quelques citations :
Tu me prêtes ton pantalon préféré, Amine. En toile épaisse et bleu. Très résistant. Je le garde longtemps. En otage. Je refuse de le rendre. Ta mère proteste. Je vis dans ton vêtement, là où précisément tu tiens ton sexe caché. N’est-ce pas à cet instant, par ce geste, que prend l’homosexualité.
Ce folklore dangereux. Cette petite identité culturelle. Ce lopin de terre à protéger. A défendre. Du fil de fer barbelé. Autour de leur folklore. Contre l’étranger. Contre la vie. Contre sa vitesse. Contre le progrès. Contre la pénétration.
Haïr l’autre, c’est l’imaginer contre soi. C’est se sentir possédé. Volé. Pénétré. Le racisme est un fantasme. C’est imaginer l’odeur de sa peau, la tension de son corps, la force de son sexe. Le racisme est une maladie. Une lèpre. Une nécrose. C’est le corps de ma mère avec le corps de mon père qui dérangera. Ces deux chairs-là. Ce rapport-là. Cette union-là. Ce frottement-là. Ce rouge-là. Cette mécanique-là.
Mon regard qui perce. Qui incendie. Qui entend. Qui dénonce. Mon regard, ma seule arme. J’en userai souvent. Pour faire mal. Pour dévorer. Et pour aimer enfin.
Cochonfucius
8 juillet 2010 à 3:46
Une voix qui chante, et qui lance des imprécations.
Bonne idée, d'en faire des livres; de tels livres, on en redemande !