Je sais aujourd’hui saluer la beauté.
Une saison en enfer (1873), Délires II
Citations de Arthur Rimbaud
Arthur Rimbaud
Imprimer le sujet
|
Envoyer à un ami
Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
dicocitations
25 avril 2009 à 8:51
Je devins un opéra fabuleux : je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur : l'action n'est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle.
À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues. Ce monsieur ne sait ce qu'il fait : il est un ange. Cette famille est une nichée de chiens. Devant plusieurs hommes, je causai tout haut avec un moment d'une de leurs autres vies. – Ainsi, j'ai aimé un porc.
Aucun des sophismes de la folie, – la folie qu'on enferme, – n'a été oublié par moi : je pourrais les redire tous, je tiens le système.
Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J'étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l'ombre et des tourbillons.
Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau. Sur la mer, que j'aimais comme si elle eût dû me laver d'une souillure, je voyais se lever la croix consolatrice. J'avais été damné par l'arc-en-ciel. Le Bonheur était ma fatalité, mon remords, mon ver : ma vie serait toujours trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté.
Le Bonheur ! Sa dent, douce à la mort, m'avertissait au chant du coq,- ad matutinum, au Christus venit,- dans les plus sombres villes :
O saisons, ô châteaux,
Quelle âme est sans défaut ?
J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, qu'aucun n'élude.
Salut à lui, chaque fois
Que chante le coq gaulois.
Ah! je n'aurais plus d'envie :
Il s'est chargé de ma vie.
Ce charme a pris âme et corps,
Et dispersé les efforts.
O saisons, ô châteaux,
L'heure de sa fuite, hélas !
sera l'heure du trépas
O saisons, ô châteaux !
¯¯¯¯¯¯¯¯
Cela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté.