J’écris pour ne pas m’ennuyer.
Citations de Giacomo Giovanni Girolamo Casanova
Giacomo Giovanni Girolamo Casanova
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Envoyer à un amiJe lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
dicocitations
14 avril 2010 à 11:37
C’était [à Ancône] que j’avais commencé à jouir grandement de la vie, et je m’étonnais qu’il y avait de cela presque trente ans, temps immense, et que malgré cela je me trouvais encore plus jeune que vieux. […] [T]ant je trouvais que j’étais parfaitement heureux alors, tant je devais convenir d’être devenu malheureux, car toute la belle perspective d’un plus heureux avenir ne se présentait plus à mon imagination. Je connaissais malgré moi, et je me sentais forcé à me l’avouer, que j’avais perdu tout mon temps, ce qui voulait dire que j’avais perdu ma vie ; les vingt ans que j’avais encore devant moi, et sur lesquels il me semblait de pouvoir compter, me paraissaient tristes. Ayant quarante-sept ans je savais que j’étais dans l’âge méprisé par la fortune, et c’était tout dire pour m’attrister, puisque sans la faveur de l’aveugle déesse, personne au monde ne peut être heureux. […] Si telles étaient mes réflexions il y a vingt-six ans, on peut se figurer quelles doivent être celles qui m’obsèdent aujourd’hui quand je me trouve seul. Elles me tueraient si je ne m’ingéniais à tuer le temps cruel qui les enfante dans mon âme, heureusement ou malheureusement encore jeune. J’écris pour ne pas m’ennuyer, et je me réjouis, et je me félicite de ce que je m’en complais ; si je déraisonne, je ne m’en soucie pas, il me suffit d’être convaincu que je m’amuse : [ “J’aimerais mieux passer pour un écrivain insensé et sans art / Tant que mes défauts me plaisent ou m’échappent / Que d’être sage et de me chagriner.” (Horace, Épîtres) ]
* Ayant quarante-sept ans … il y a vingt-six ans : Casanova a donc environ 73 ans (1798) quand il remanie cette page, et se trouve ainsi dans les derniers mois avant sa mort, après avoir pour l’essentiel passé les treize dernières années de sa vie enterré à Dux à s’occuper de ses textes puis de ses Mémoires « treize heures par jour, qui me passent comme treize minutes. » (lettre de Casanova à Opiz/Opitz, 10 janvier 1791, cf. t. III, p. 923, n. 1, et t. I, p. XVI, n. 6). Sur l’adversité de l’âge : cf. citation du t. I, vol. 1, chap. VI, p. 116↑.
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Histoire de ma vie, Giacomo Casanova, éd. Robert Laffont, 1993, t. III, vol. 12, chap. VIII, p. 987-988