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	<title>Commentaires sur : De deux choses lune, l&#8217;autre c&#8217;est le soleil. Prévert Jacques</title>
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	<description>Il faudrait laisser des livres partout. A un moment ou à un autre quelqu'un les ouvrira sans doute. Et faire de même avec la poésie: laisser des poèmes partout, puisque quelqu'un les reconnaîtra sûrement un jour. [  Roberto Juarroz ]</description>
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		<title>Par : dicocitations</title>
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		<dc:creator>dicocitations</dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Oct 2010 10:41:11 +0000</pubDate>
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		<description>Le paysage changeur 
 
 
De deux choses lune 
l&#039;autre c&#039;est le soleil 
les pauvres les travailleurs ne voient pas ces choses 
leur soleil c&#039;est la soif la poussi&#232;re la sueur le goudron 
et s&#039;ils travaillent en plein soleil le travail leur cache le soleil 
leur soleil c&#039;est l&#039;insolation 
et le clair de lune pour les travailleurs de nuit 
c&#039;est la bronchite la pharmacie les emmerdements les ennuis 
et quand le travailleur s&#039;endort il est berc&#233; par l&#039;insomnie 
et quand son r&#233;veil le r&#233;veille 
il trouve chaque jour devant son lit 
la sale gueule du travail 
qui ricane qui se fout de lui 
alors il se l&#232;ve 
alors il se lave 
et puis il sort &#224; moiti&#233; &#233;veill&#233; &#224; moiti&#233; endormi 
il marche dans la rue &#224; moiti&#233; &#233;veill&#233;e &#224; moiti&#233; endormie 
et il prend l&#039;autobus 
le service ouvrier 
et l&#039;autobus le chauffeur le receveur 
et tous les travailleurs &#224; moiti&#233; r&#233;veill&#233;s &#224; moiti&#233; endormis 
traversent le passage fig&#233; entre le petit jour et la nuit 
le paysage de briques de fen&#234;tres &#224; courants d&#039;air de corridors 
le paysage &#233;clipse 
le paysage prison 
le paysage sans air sans lumi&#232;re sans rires ni saisons 
le paysage glac&#233; des cit&#233;s ouvri&#232;res glac&#233;es en plein &#233;t&#233; comme au c&#339;ur de l&#039;hiver 
le paysage &#233;teint 
le paysage sans rien 
le paysage exploit&#233; affam&#233; d&#233;vor&#233; escamot&#233; 
le paysage charbon 
le paysage poussi&#232;re 
le paysage cambouis 
le paysage m&#226;chefer 
le paysage ch&#226;tr&#233; gomm&#233; effac&#233; rel&#233;gu&#233; et rejet&#233; dans l&#039;ombre 
dans la grande ombre 
l&#039;ombre du capital 
l&#039;ombre du profit. 
Sur ce paysage parfois un astre luit 
un seul 
le faux soleil 
le soleil bl&#234;me 
le soleil couch&#233; 
le soleil chien du capital 
le vieux soleil de cuivre 
le vieux soleil clairon 
le vieux soleil ciboire 
le vieux soleil fistule 
le d&#233;go&#251;tant soleil du roi soleil 
le soleil d&#039;Austerlitz 
le soleil de Verdun 
le soleil f&#233;tiche 
le soleil tricolore et incolore 
l&#039;astre des d&#233;sastres 
l&#039;astre de la vacherie 
l&#039;astre de la tuerie 
l&#039;astre de la connerie 
le soleil mort. 
 
Et le paysage &#224; moiti&#233; construit &#224; moiti&#233; d&#233;moli 
&#224; moiti&#233; r&#233;veill&#233; &#224; moiti&#233; endormi 
s&#039;effondre dans la guerre le malheur et l&#039;oubli 
et puis il recommence une fois la guerre finie 
il se reb&#226;tit lui-m&#234;me dans l&#039;ombre 
et le capital sourit 
mais un jour le vrai soleil viendra 
un vrai soleil dur qui r&#233;veillera le paysage trop mou 
et les travailleurs sortiront 
ils verront alors le soleil 
le vrai le dur le rouge soleil de la r&#233;volution 
et ils se compteront 
et ils se comprendront 
et ils verront leur nombre 
et ils regarderont l&#039;ombre 
et ils riront 
et ils s&#039;avanceront 
une derni&#232;re fois le capital voudra les emp&#234;cher de rire 
ils le tueront 
et ils l&#039;enterreront dans la terre sous le paysage de mis&#232;re 
et le paysage de mis&#232;re de profits de poussi&#232;res et de charbon 
ils le br&#251;leront 
ils le raseront 
et ils en fabriqueront un autre en chantant 
un paysage tout nouveau tout beau 
un vrai paysage tout vivant 
ils feront beaucoup de choses avec le soleil 
et m&#234;me ils changeront l&#039;hiver en printemps. 
 
 
 Jacques Pr&#233;vert, Paroles, &#201;ditions Gallimard, 1949, p. 87- 89 
 </description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>Le paysage changeur </p>
<p>De deux choses lune<br />
l&#039;autre c&#039;est le soleil<br />
les pauvres les travailleurs ne voient pas ces choses<br />
leur soleil c&#039;est la soif la poussi&egrave;re la sueur le goudron<br />
et s&#039;ils travaillent en plein soleil le travail leur cache le soleil<br />
leur soleil c&#039;est l&#039;insolation<br />
et le clair de lune pour les travailleurs de nuit<br />
c&#039;est la bronchite la pharmacie les emmerdements les ennuis<br />
et quand le travailleur s&#039;endort il est berc&eacute; par l&#039;insomnie<br />
et quand son r&eacute;veil le r&eacute;veille<br />
il trouve chaque jour devant son lit<br />
la sale gueule du travail<br />
qui ricane qui se fout de lui<br />
alors il se l&egrave;ve<br />
alors il se lave<br />
et puis il sort &agrave; moiti&eacute; &eacute;veill&eacute; &agrave; moiti&eacute; endormi<br />
il marche dans la rue &agrave; moiti&eacute; &eacute;veill&eacute;e &agrave; moiti&eacute; endormie<br />
et il prend l&#039;autobus<br />
le service ouvrier<br />
et l&#039;autobus le chauffeur le receveur<br />
et tous les travailleurs &agrave; moiti&eacute; r&eacute;veill&eacute;s &agrave; moiti&eacute; endormis<br />
traversent le passage fig&eacute; entre le petit jour et la nuit<br />
le paysage de briques de fen&ecirc;tres &agrave; courants d&#039;air de corridors<br />
le paysage &eacute;clipse<br />
le paysage prison<br />
le paysage sans air sans lumi&egrave;re sans rires ni saisons<br />
le paysage glac&eacute; des cit&eacute;s ouvri&egrave;res glac&eacute;es en plein &eacute;t&eacute; comme au c&oelig;ur de l&#039;hiver<br />
le paysage &eacute;teint<br />
le paysage sans rien<br />
le paysage exploit&eacute; affam&eacute; d&eacute;vor&eacute; escamot&eacute;<br />
le paysage charbon<br />
le paysage poussi&egrave;re<br />
le paysage cambouis<br />
le paysage m&acirc;chefer<br />
le paysage ch&acirc;tr&eacute; gomm&eacute; effac&eacute; rel&eacute;gu&eacute; et rejet&eacute; dans l&#039;ombre<br />
dans la grande ombre<br />
l&#039;ombre du capital<br />
l&#039;ombre du profit.<br />
Sur ce paysage parfois un astre luit<br />
un seul<br />
le faux soleil<br />
le soleil bl&ecirc;me<br />
le soleil couch&eacute;<br />
le soleil chien du capital<br />
le vieux soleil de cuivre<br />
le vieux soleil clairon<br />
le vieux soleil ciboire<br />
le vieux soleil fistule<br />
le d&eacute;go&ucirc;tant soleil du roi soleil<br />
le soleil d&#039;Austerlitz<br />
le soleil de Verdun<br />
le soleil f&eacute;tiche<br />
le soleil tricolore et incolore<br />
l&#039;astre des d&eacute;sastres<br />
l&#039;astre de la vacherie<br />
l&#039;astre de la tuerie<br />
l&#039;astre de la connerie<br />
le soleil mort. </p>
<p>Et le paysage &agrave; moiti&eacute; construit &agrave; moiti&eacute; d&eacute;moli<br />
&agrave; moiti&eacute; r&eacute;veill&eacute; &agrave; moiti&eacute; endormi<br />
s&#039;effondre dans la guerre le malheur et l&#039;oubli<br />
et puis il recommence une fois la guerre finie<br />
il se reb&acirc;tit lui-m&ecirc;me dans l&#039;ombre<br />
et le capital sourit<br />
mais un jour le vrai soleil viendra<br />
un vrai soleil dur qui r&eacute;veillera le paysage trop mou<br />
et les travailleurs sortiront<br />
ils verront alors le soleil<br />
le vrai le dur le rouge soleil de la r&eacute;volution<br />
et ils se compteront<br />
et ils se comprendront<br />
et ils verront leur nombre<br />
et ils regarderont l&#039;ombre<br />
et ils riront<br />
et ils s&#039;avanceront<br />
une derni&egrave;re fois le capital voudra les emp&ecirc;cher de rire<br />
ils le tueront<br />
et ils l&#039;enterreront dans la terre sous le paysage de mis&egrave;re<br />
et le paysage de mis&egrave;re de profits de poussi&egrave;res et de charbon<br />
ils le br&ucirc;leront<br />
ils le raseront<br />
et ils en fabriqueront un autre en chantant<br />
un paysage tout nouveau tout beau<br />
un vrai paysage tout vivant<br />
ils feront beaucoup de choses avec le soleil<br />
et m&ecirc;me ils changeront l&#039;hiver en printemps. </p>
<p> Jacques Pr&eacute;vert, Paroles, &Eacute;ditions Gallimard, 1949, p. 87- 89</p>
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