Aujourd’hui, le combat prend une autre figure; au lieu de vouloir enfermer l’homme dans un cachot, la femme essaie de s’en évader.
Le Deuxième Sexe (1949)
Citations de Simone de Beauvoir
Simone de Beauvoir
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Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
dicocitations
29 mai 2011 à 8:43
Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel
Ceux qui nous gardaient et nous battaient répétaient toujours que nous n'étions que des fientes, moins que des merdes de rat. Nous n'avions pas le droit de les regarder en face. Il fallait maintenir toujours notre tête vers le sol et recevoir les coups sans mot dire. Chaque soir, ils versaient la soupe dans les gamelles de leurs chiens de garde, des dogues au pelage miel, aux gueules retroussées dont les yeux bavaient des larmes un peu rouges. Nous devions nous tenir à quatre pattes comme les chiens, et prendre la nourriture en nous servant seulement de nos bouches, comme les chiens.
La plupart de ceux qui étaient enfermés avec moi ont refusé de le faire. Ils sont morts. Moi, je mangeais comme les chiens, à quatre pattes et avec ma bouche. Et je suis vivant.
Parfois, les gardes étaient ivres ou désoeuvrés, ils s'amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse. Il fallait que je marche ainsi, avec le collier et la laisse. Il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi même, que j'aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m'appelaient plus Brodeck, mais Chien Brodeck. Et ils riaient de plus belle. La plupart de ceux qui étaient avec moi refusèrent de faire le chien, et ils moururent soit de faim, soit des coups répétés que les gardes portaient sur eux.
Aucun des autres prisonniers ne m'adressait plus la parole depuis longtemps. "Tu es pire que ceux qui nous gardent, tu es un animal, tu es une merde, Brodeck !" Comme les gardiens, ils répétaient que je n'étais plus un homme. Ils sont morts. Tous morts. Moi, je suis vivant. Peut être n'avaient ils aucun amour au profond de leur coeur ou dans leur village ? Oui, peut être n'avaient ils aucune raison de vivre.
Durant les nuits, les gardes avaient fini par m'attacher à un piquet, près de la niche des dogues. Je dormais à même le sol, dans la poussière et l'odeur des pelages, des souffles des chiens, de leur urine. Au dessus de moi il y avait le ciel. Un peu plus loin, les miradors, les sentinelles, et plus loin la campagne, ces champs qu'on voyait le jour et qui faisaient onduler avec une irréelle insolence leurs blés sous le vent, les houppes des bosquets de bouleaux, le bruit de la grande rivière qui coulait son eau d'argent, toute proche.
Moi, en vérité j'étais très loin de ce lieu. Je n'étais pas attaché à un piquet. Je n'avais pas un collier de cuir. Je n'étais pas allongé à demi nu près des dogues. J'étais dans notre maison, dans notre couche, tout contre le corps tiède d'Emélia et plus du tout dans la poussière. J'étais au chaud et je sentais son coeur battre contre le mien. J'entendais sa voix me dire tous les mots d'amour qu'elle savait si bien chercher dans le noir de notre chambre. Pour tout cela, je suis revenu."
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