Ah! pour être dévot, je n’en suis pas moins homme!
Tartuffe, ou l’imposteur (1664), III, 3, Tartuffe
Citations de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière
Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière
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Je lui offris mes citations préférées, comme des confiseries cuisinées, façonnées et préparées pour la dégustation.
[ Janet Frame ]
Cochonfucius
28 avril 2011 à 4:35
Si j'étais confesseur des nonnes carmélites,
J'aurais belle chambrette et ne serais stylite.
La loi m'éviterait les travaux affligeants,
L'ascèse difficile et l'effort dérangeant.
Pour que les filles soient sauvées de la géhenne,
Je disséquerais leur conscience arachnéenne.
J'aurais place en leur coeur, sans moi inhabité,
J'adoucirais de pleurs leur cérébralité.
Je placerais ici ou là quelques caresses
Que l'on excuserait comme des maladresses :
L'eau calme d'un couvent n'est jamais sans récifs.
Un confesseur absout même son propre mal,
L'ange ne fait, car il ne veut être animal…
Plaisir que Dieu permet peut-il être nocif ?
dicocitations
29 avril 2011 à 9:11
Vous n'aimez pas qui vous aime
Ni qui vous saurait aimer
Et ne donnez de vous-même
Que ce que voulez donner.
Moi, qui vous cherche et vous aime
D'un cœur tendre et sans danger,
Je ne vous suis qu' étranger.
Mais, hélas ! l'étrange peine
que celle qui fait aimer
Sans souci que l'on vous aime !
La Bohème et mon coeur, suivi de Chansons aigres-douces et de Petits airs, Francis Carco
dicocitations
29 avril 2011 à 9:29
TARTUFFE
Le Tartuffe, ou l’Imposteur
Scène III
ELMIRE, TARTUFFE.
Ah! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme;
Et lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,
Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je sais qu'un tel discours de moi paraît étrange;
Mais, Madame, après tout, je ne suis pas un ange;
Et si vous condamnez l'aveu que je vous fais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine,
De mon intérieur vous fûtes souveraine;
De vos regards divins l'ineffable douceur
Força la résistance où s'obstinait mon cœur;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous l'ont dit mille fois,
Et pour mieux m'expliquer j'emploie ici la voix.
Que si vous contemplez d'une âme un peu bénigne
Les tribulations de votre esclave indigne,
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler
Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler,
J'aurai toujours pour vous, Ô suave merveille,
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard,
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles,
Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles,
De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;
Ils n'ont point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer,
Et leur langue indiscrète, en qui l'on se confie,
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret,
Avec qui pour toujours on est sûr du secret:
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée,
Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cour,
De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur.
ELMIRE
Je vous écoute dire, et votre rhétorique
En termes assez forts à mon âme s'explique.
N'appréhendez-vous point que je ne sois d'humeur
À dire à mon mari cette galante ardeur,
Et que le prompt avis d'un amour de la sorte
Ne pût bien altérer l'amitié qu'il vous porte?